Le récit de vie en oralité

 

Présentation de la Table ronde

 

 

Le récit de vie en oralité est peu décrit.

En effet, concernant les textes qui portent sur la vie de l’énonciateur lui-même ou sur celle d’une personne différente, on s’intéresse respectivement à l’autobiographie ou à la biographie. Dans les deux cas, la modalité de communication, l’écriture, définit certaines formes canoniques dont je ne mentionne que certaines. Dans les deux cas, il s’agit d’un récit relativement long. Ce dernier a pour centre souvent une personne connue à qui le public porte de l’intérêt, justement à cause de sa renommée. L’écriture du récit relève d’un projet défini en amont, nécessitant parfois de véritables recherches et une documentation spécialisée. Le lecteur s’attend à ce que la vie narrée ait un caractère exceptionnel. Le récit est censé être non-fictionnel, véridique, ceci d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un récit autobiographique : l’auteur est effectivement le garant de la véracité et du « pacte autobiographique » défini en ces termes déjà en 1975 par Philippe Lejeune.

A la différence des deux genres cités ci-dessus, le récit de vie est écrit ou oral. Pour cette raison, il est d’emblée protéiforme. Il n’a pas nécessairement l’ambition d’exhaustivité ni celle d’exemplarité des faits narrés. Dit souvent mais non exclusivement à la première personne, il est plus ou moins long, spontané ou sollicité, intervenant simplement durant une conversation ou au contraire, dans des circonstances plus particulières.

Il est interrogé en sociologie ou en anthropologie (Ursula Baumgardt, 1991) en tant que témoignage et pour analyser des contenus définis à l’avance, auquel cas il peut être sollicité dans une enquête. Par ailleurs, le récit de vie est parfois compris comme un objet sémiotique (Claude Abastado, 1988). En revanche, sa fonction première en contexte de psychanalyse n’est pas celle d’un récit de faits révolus, mais plutôt celle de réactualiser des expériences, des sentiments ou des faits pour y accéder et les intégrer. Ici, son objectif n’est pas de dire le « je » à autrui, mais d’aider le « je » à se retrouver.

Malgré l’intérêt considérable qu’il suscite, le récit de vie est rarement analysé en tenant compte des deux modalités d’expression qu’il emprunte aisément, l’écriture ou l’oralité. C’est cette dernière modalité à laquelle est consacrée plus spécifiquement notre Table ronde. La méthode partagée par les intervenants consiste en premier lieu à observer les récits de vie et leur fonctionnement textuel et social. En effet, en oralité, une attention particulière doit être accordée au contexte de communication et à la performance. Le premier niveau est celui de la communication directe et non médiatisée entre l’énonciateur et le destinataire, réunis dans la situation spécifique de la performance. Celle-ci se manifeste chaque fois dans une situation unique, la situation d’énonciation : qui sont les interlocuteurs, quels liens entretiennent-ils, dans quelles circonstances se retrouvent-ils au moment où l’un d’eux dit le récit de sa vie, en intégralité ou non. Peut-on identifier un « déclencheur » ?

Pour ces raisons, le récit de vie en oralité nécessite une réflexion approfondie sur les conditions dans lesquelles il est recueilli. Ainsi, la méthodologie de la collecte observera avec une attention particulière la situation d’énonciation pour analyser d’éventuelles incidences de cette situation sur le récit.

Notre Table ronde sera l’occasion de présenter plusieurs exemples de récits de vie et d’approfondir la discussion scientifique. Nous nous posons également la question de savoir si le récit de vie peut être considéré comme un genre de la littérature orale.

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Références citées

    • ABASTADO Claude, 1988, « ‘Raconte ! Raconte…’ Les récits de vie comme objet sémiotique, in Dérives de signes, Paris, Publidix, Université de Paris X, pp. 219-236.
    • BAUMGARDT Ursula, 1991, « L’énonciation dans le récit autobiographique et anthropologique : l’exemple de Moi, un Mbororo », Autobiographies et récits de vie en Afrique, Itinéraires et contacts de cultures, vol 13, Université Paris-Nord, pp. 43-47.
    • LEJEUNE Philippe, 1975, Le pacte autobiographique, Paris, Le Seuil,  358 p.

Ursula Baumgardt

 

 

 

 

Programme

vendredi 9 avril 2021

14h-18h

Format : Webinaire

communications de 20 à 30 minutes

Séminaire de recherche

Les Oralités du Monde, Master Oralité, ELLAF, PLIDAM

 

 

 

Présidence 

Frosa Pejoska Bouchereau

 

Ursula Baumgardt

Récit de vie, situations d’énonciation (quelques exemples)

Louise Ouvrard

Méthodologie de la collecte, récits de vie en malgache

Fatima El Aïhar

Récit de vie, source d’information historique – Algérie

 

Pause

 

Cristina Alexopoulos

Récit de vie, récit testimonial – Grèce

Aliou Mohamadou

Un mot d’accueil pour l’auteure du récit de vie en haoussa,

Fatimane Moussa-AghaliYarintata « Mon enfance », – Niger